En feuilletant le très beau livre de la photographe Sacha, qui présente une rétrospective de son travail de mode des années soixante à deux mille, j’ai pris pleinement conscience des changements esthétiques survenus avec le numérique dans la photographie. Feuilletez un magazine de mode des années quatre vingt-dix, les images semblent appartenir à une autre époque. Les photographies laissent percevoir le grain et la colorimétrie a quelque chose d’irréel. Forcément, car le profil colorimétrique d’un film est rarement fidèle à la réalilté. Et quant au grain, aujourd’hui les images sont tellement lisses, métalliques…Il s’agit bien d’une autre époque. Et pourtant, ces images ont au plus une quinzaine d’années.
Le débat entre argentique et numérique peut sembler dépassé. L’outil numérique a tellement évolué en l’espace de dix ans. Aujourd’hui on arrive à reproduire fidèlement un rendu argentique à partir d’une prise de vue numérique. Les logiciels de post-production le permettent, jusqu’à restituer le grain argentique de façon aléatoire, exactement comme le rendu d’une bonne vieille Tri X de chez Kodak. Jusqu’à présent, j’ai continué à travailler en argentique pour certains travaux personnels. L’argentique a -selon moi- l’avantage de ne pas pouvoir visualiser sa photo. La limite de 36 vues force aussi à voir les choses différemment. Et quel formidable outil qu’est la planche-contact pour analyser son travail. Mais malgré tout, aujourd’hui, je me pose la question de savoir si cela vaut encore le coup.
Mais au final, l’outil en soi n’est qu’accessoire. Le numérique et ses possibilités techniques qui se sont considérablement accrues, nous poussent vers une autre esthétique. Aujourd’hui on peut photographier en très basse lumière, gérer des contrastes très forts grâce au HDR, faire son propre noir et blanc en agissant sur chaque couleur, etc. Il ne faut pas vouloir faire la comparaison avec “avant” car les esthétiques sont différentes, tout comme elles ont évolué quand on est passé de la plaque de verre, au format 24x36. En revanche, il faut toujours un point de vue, une lumière, une composition pour faire une bonne photo. Heureusement.
La photographie ci-dessous a été réalisée avec un boitier numérique et retravaillée en post-production afin de la rendre fidèle à une photographie argentique traitée avec un film Kodak TriX 400iso.