La photographie, c’est aussi un marché.
J’écoutais récemment la retransmission d’une conférence au demeurant fort intéressante, donnée par Sylvain Maresca, sociologue ayant enquêté sur les mutations économiques de la photographie professionnelle. Sylvain Maresca à interviewé bon nombre de photographes de diffusion pour les besoins de son étude. Il leur a demandé de décrire la façon dont ces derniers ont appréhendé le virage du numérique. Il en a fait la synthèse, mettant en avant les difficultés de la profession. Une très large majorité a clairement mal vécue cette révolution, se référant sans cesse à “l’avant”, et en la subissant sans forcément trouver les ressorts pour tirer parti du numérique. Les remarques et commentaires des photographes présents à cette conférence abondaient dans la même direction.
Au delà des aspects technologiques évidents, je pense que la révolution numérique oblige à changer d’état d’esprit face au marché. Et c’est bien plus long et plus difficile que de passer du film au capteur. Aujourd’hui, le marché est mondial. L’actualité vient nous rappeler que notre business va bien au delà de nos frontières. Là où hier, si on était un bon créatif, on pouvait s’en sortir, cela ne suffit plus aujourd’hui. Il faut être plus que jamais créatif -condition nécessaire pour se démarquer d’une concurrence mondiale-, mais aussi gestionnaire, et homme de marketing. Il faut se considérer comme une marque, raisonner en termes de besoins clients et de marchés. Mais en entendant la conférence de Sylvain Maresca et les réflexions de certains confrères, j’ai le sentiment que ce discours heurte, voire choque, certaines oreilles. Comme si vision d’auteur et marketing étaient incompatibles. Comme si prix de marché étaient un gros mots face à droits d’auteur. Ce dernier n’est plus respecté ? Ce n’est pas vrai à partir du moment où l’on reste souple dans son application face au marché qui évolue et si on propose une vraie créativité. Comme si certains se réfugient derrière le soi-disant abandon du droit d’auteur pour cacher leur propres difficultés à se vendre…Et l’on retombe dans un débat bien franco-français, où il est bien difficile de changer nos habitudes, en oubliant parfois de regarder ailleurs. Lisez la presse professionnelle photographique anglo-saxonne, notamment américaine, et vous vous rendrez compte que les photographes américains ont bien moins de scrupules à allier business et photo créative…
La conjoncture n’est pas facile, mais pour ma part, sans le numérique, je ne serai certainement pas arrivé là où je suis, en terme de développement de chiffres d’affaires. Il s’agit bien d’un progrès.